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RALLY OF IMPOSSIBLE PROFESSIONS -

          Conférence de Jacques Alain Miller      
 
au colloque de la New Lacanian School

20 Septembre 2008- LONDRES



                                      (23mn 36s)                                        

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Au-delà des fausses promesses du discours sécuritaire

Conférence de Jacques Alain Miller à Londres

Le 20.09.2008

 J’aime bien m’adresser à des gens fatigués car c’est un public réceptif qui ne risque pas de me contredire (rires). Et en plus ils n’ont pas le temps de poser des questions. En fait je n‘ai pas besoin de dire beaucoup de choses car mon temps d’intervention est de 15 minutes.

J’ai bien aimé les présentations précédentes et à mon sens le point de convergences tourne autour de cette question - croyez-vous ou non à l’existence de l’inconscient ? - ce que Freud a désigné sous le vocable d’inconscient, contrairement aux idées véhiculées à l’aube du XXIe siècle par le positivisme et le cognitivisme. Bien que cela semble être un concept dépassé, la question mérité d’être posée. Les logiciens mettent en tension la croyance et la connaissance. Alors que Lacan n’était pas aussi certain qu’il y ait une distinction entre croyance et connaissance, car au fond de toutes connaissances, on trouve la  croyance. L’élément de croyance induit un acte de foi. Vous posez un axiome qui va vous permettre de faire des déductions. Pour certains c’est un acte de foi qui introduit Dieu, pour d’autres c’est une logique.
Pour Lacan, au cœur de l’inconscient il y a le sujet supposé savoir. Freud a posé que l’inconscient n’était rien d’autre qu’une hypothèse ce qui représente en soi pour K .Popper le point de faible. Cependant vous ne pouvez pas réfuter l’interprétation  dans la psychanalyse ; car il y a un grand écart entre l’existence de quelque chose ou de quelqu’un et la preuve en analyse. Il y a des individus qui cherchent la preuve de leur propre existence. On rencontre des  sujets qui ne croient pas en leur propre existence en dépit du fait qu’ils soient humains, qu’ils travaillent, qu’ils dorment, qu’ils aiment. Ils vous disent : « je n’existe pas du tout, je ne crois pas que j’existe en tant que femme » alors que le sujet est une femme ou un homme. Alors l’existence peut être liée à un manque de preuve et pour avoir sa vie fondée sur l’évidence, c’est un travail dur. Nous écoutons cela afin d’arriver à une connaissance de soi. Vous allez chez un psy pour faire une recherche sur vous-même. C’est une façon de présenter la psychanalyse fondée sur l’évidence. On pourrait reconstruire la psychanalyse comme une psychanalyse fondée sur l’évidence.

Mais en fait l’inconscient n’est pas une entité objective. Il prend place et vous avez le témoignage de son existence dans les lapsus, les échecs. Il ne s’agit pas de le capturer mais d’obtenir un instantané de l’inconscient. Et cette place peut être remplie. Certainement l’inconscient existait avant la psychanalyse mais personne n’y avait prêté attention. C’était effacé, on l’a utilisé dans un autre but. Freud dit que l’inconscient s’ouvre et puis se referme. Il ne parle pas tout le temps. Il parle et puis il devient silencieux.

 L’idéologie dominante en ce début de XXIe siècle dans nos démocraties et nos sociétés développées est une idéologie qui essaye de faire taire l’inconscient.

La fausse promesse de sécurité, selon moi, c’est un effort pour faire taire l’inconscient. Par exemple, cela dépend des efforts de celui qui écoute. S’il n’y a personne pour écouter, vous ne pouvez pas savoir que c’est l’inconscient qui parle. Par exemple, prenons la psychose où tout devient signe pour le sujet, où pour la personne, la contingence du monde fait signe - quelqu’un me regarde de cette façon - le monde commence à faire sens, un sens délirant. Alors que lorsque la personne est suivie, elle est apaisée, il n’y a plus rien à lire.

Freud nous a appris à lire l’inconscient, les symptômes, à concevoir les symptômes comme un texte, avec des sous titres et des sous sous titres. Afin que l’inconscient parle, vous avez besoin de quelqu’un qui écoute. Vous avez besoin d’un audit au sens étymologique et si vous supprimez l’auditeur vous faites taire l’inconscient. C’est ce que Michael Power a enregistré dans les interviews sur le site web de la London Society. [Audit] c’est écouter dans le sens étymologique et si vous supprimez l’auditeur vous faites taire l’inconscient. Vous ne supprimez pas l’inconscient mais au contraire vous l’amplifierez en le mettant au silence. Je dirais que vous intensifierez voire exacerberez la pulsion de mort et la répétition au lieu d’être exprimée sera commutée en passage à l’acte. J’insiste sur ce point quand votre parole est prise par la pulsion de mort au nom de la sécurité et de la santé alors ce qui est sous-entendu dans ce discours c’est la disparition de la psychanalyse, la mort de la psychanalyse. Je crois que c’est le désir fondamental des cognitivistes.

Si j’avais la possibilité d’écrire sur le tableau noir je pourrai le faire en 2 mn. Je ferai le diagramme de Lacan concernant le discours analytique et vous verriez que c’est un diagramme très simple, mais quel diagramme ! Ce diagramme montre que vous ne pouvez pas contrôler l’inconscient. Quand vous êtes analysé vous n’êtes pas du côté de la maîtrise de l’inconscient. Il n’y a pas un maître de l’inconscient. Les maîtres de l’Univers, comme s’auto proclament les traders célèbres - comme on a vu cette semaine - ont montré qu’ils ont été surpris par l’inconscient de l’économie : la combinaison de facteurs qui ont produit une surprise pour tout le monde. Alors vous n’êtes pas protégé par les effets de surprise de l’inconscient. Si vous êtes analysé, disons que vous avez un éclairage sur votre inconscient, vous êtes supposé pouvoir lire votre propre inconscient, de lire vos rêves et vos pratiques et en même temps c’est difficile de parler de ce qu’est l’inconscient de quelqu’un qui a été analysé. Mais ce n’est pas la même chose que de parler de l’inconscient de quelqu’un qui n’a pas été analysé. D’une certaine façon l’inconscient a été vidé, car en faites vous êtes plus vieux que lorsque vous avez commencé ! Vous ne savez si c’est dû à l’âge ou à l’effet de la psychanalyse. (rires) Mais d’une certaine façon, c’est simplifié. Le sujet parle d’une façon plus claire. Lorsque l’inconscient parle vous recevez un message. En ce qui concerne mon analyse personnelle, j’accorde beaucoup d’importance aux idées qui m’arrivent quand je me réveille.  Je crois que je dois accorder ma confiance à ces idées. Vous n’acquerrez pas le self control qu’on vous apprend dans les écoles, forgé sur des techniques d’apprentissage. Au contraire dans la science de la psychanalyse, vous lâchez prise avec les exigences du self control. Vous dites ce que vous voulez. Ce qui est interdit dans la vie est autorisé dans la psychanalyse. Vous êtes autorisé à parler de vos désirs intimes et si vous ne le faites pas, vos rêves parlent pour vous. Et pour les criminologistes, selon Freud - chacun peut être un criminel, le complexe d’Œdipe induit ça. Tout sujet est un criminel pas au sens juridique, mais dans le sens psy. Dans la psychanalyse, il y a une permissivité et c’est en ce sens que la psychanalyse peut être vue comme étant anti sociale, en fait c’est simplement la partie anti sociale de la société. Vous n’obtenez pas la maitrise de soi avec la psychanalyse mais vous obtenez la possibilité de dialoguer avec votre inconscient et de travailler avec votre inconscient. Alors c’est ça, la véritable promesse de la psychanalyse si on utilise ce terme.

La fausse promesse du discours sécuritaire qui est très intelligemment induit dans le titre de cette conférence, c’est la sécurité. Je suis d’accord avec ce que Lacan appelait le signifiant-maître mais cela fait partie d’un ensemble de signifiant-maîtres. D’une certaine façon, je ne vais pas développer le terme [sécurité] en tant que S1. C’est une transposition de ce qu’est la certitude en mathématiques, en logique mathématiques. Je crois aussi que l’impératif de sécurité va avec l’impératif de santé, valeurs suprêmes. On va vous apportez la sécurité et la santé. On va vous protéger, on va protéger la vie. Mais en fait on va rendre votre vie misérable afin de vous protéger. On va s’occuper de votre bien-être qui en fait, fait partie de ce que Freud appelait la frustration. Freud a parlé de mort, il a parlé de das Unbehagen de malaise, du mal-être pas du bien-être. Cela n’existe pas en anglais mais c’est disons un mal-être et cet impératif dans le discours du maître du XXIe siècle où l’on dit - on va s’occuper de votre bien-être - et la preuve entière du discours et de la démonstration de Freud c’est parce qu’il y a du malaise que l’on va s’occuper de votre bien-être. Le slogan est - on va vous assurer votre bien-être. Le bien-être dans cette optique, c’est le silence de vos organes. La santé ça veut dire que le corps ne parlera pas. Le désir dans cette optique, c’est une maladie. Et ce culte pour la sécurité et la santé c’est une déclaration de guerre contre la pulsion de mort. C’est ce qui fait de nous des soldats ou des croisés du bien-être.

  Traduit

Par Françoise Stark Mornington le 24 septembre 2010

Texte non relu par l’auteur

 

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Mise à jour le Lundi, 11 Avril 2011 15:29